• « NOUS VOULONS RESTER FRANÇAIS POUR ÊTRE LIBRES ! »
    L'histoire de Mayotte est riche d'enseignements sur la valeur des engagements de l'État.
    En effet, la loi du 24 décembre 1976 a doté Mayotte d'un statut de "Collectivité Territoriale de la République". L'article 1er de ladite loi disposait que ce statut était provisoire et que la population mahoraise devait être consultée au terme d'un délai d'au moins trois ans sur trois options:
    • le maintien du statut de Collectivité Territoriale
    • la transformation de l'île en DOM
    • ou l'adoption d'un statut différent
    Une seconde loi, en date du 22 décembre 1979, prorogeait le statut de collectivité territoriale et ouvrait un nouveau délai de cinq ans avant une consultation de la population, sur les mêmes options. Force est de constater que plus de vingt années plus tard, et malgré les revendications départementales incessantes des élus de la collectivité territoriale, les gouvernements successifs se sont bien gardés de mettre en action le processus qui aurait pu conduire à cette évolution institutionnelle. Aujourd'hui le référendum promis avant l'an 2000 s'est déroulé le 2 juillet 2000, et la population a opté pour le statut de " Collectivité Départementale".
    Maoré Farantsa (Mayotte Française)
     
    Le 12 février 1976, le rédacteur en chef du journal Le Monde, André Fontaine, faisait publier une " Tribune libre " que lui avait adressée Pierre Pujo, le directeur de l'hebdomadaire Aspects de la France. Celui-ci avait choisi une forme inattendue, le conte caustique, pour sensibiliser l'opinion des Français de l'hexagone, sur les déboires d'une population qui devait livrait un combat sans merci pour rester française : " Il était une fois une petite île de l'océan Indien qui vivait sous le drapeau de la France depuis cent trente ans. Ses quarante mille habitants se trouvaient bien ainsi et croyaient que cela ne cesserait jamais. Cependant la France, qui était loin et ressentait un peu de lassitude de sa longue et glorieuse histoire, entreprit un jour de se séparer d'eux. Non sans leur adresser d'ailleurs des paroles qui se voulaient réconfortantes : " je vous aime bien, leur dit-elle, l'attachement que vous manifestez pour moi me touche profondément, mais je ne peux pas vous garder. Cela me donnerait des soucis et, des soucis, j'en désire le moins possible… Au surplus, je ne saurais aller à l'encontre du grand principe de décolonisation, lequel doit faire nécessairement le bonheur des peuples.
    Le tiers-monde exige que vous soyez décolonisés et je ne vais tout de même pas me brouiller avec lui " pour une affaire aussi dérisoire " que le sort de quarante mille citoyens français, comme l'a écrit M. de Guiringaud, mon représentant à l'ONU. Vous serez donc intégrés dans le nouvel État qui sera indépendant. S'il vous fait subir une oppression intolérable, ne vous inquiétait pas, vous pouvez comptez sur mon soutien moral... "
    Tel était le langage que tenait à peu près la France, du moins ses représentants officiels, aux habitants de la petite île. Ces derniers en furent dépités mais ne s'estimèrent nullement convaincus. Ils répondirent à la France: «vous n'avez pas le droit de nous abandonner. L'État auquel vous voulez nous rattacher n'a jamais existé... Nous avons toujours été des citoyens français loyaux. Allez-vous nous livrer à l'oppression de nos voisins qui veulent s'installer sur nos terres ? Ne pouvons-nous plus compter sur vous pour nous défendre ?" ...
    Cependant la France continuait à ne pas écouter les habitants de la petite île: il fallait être fou pour vouloir rester Français à l'époque ! Elle commença ses préparatifs de départ. Mais ils criaient toujours plus fort: " nous voulons être Français pour être libres ! " Pour crime de fidélité à la France ils subirent toutes sortes de brimades et de vexations de la part des autorités locales soutenues par les fonctionnaires français; plusieurs habitants furent même emprisonnés. Et voici qu'un jour, la France consentit enfin à prêter attention aux cris qui lui parvenaient à 10 000 kilomètres de distance. Elle dit à la population de la petite île: "vous y tenez vraiment à rester Français ? Nous allons voir ça !" Une consultation populaire avait exprimé cette volonté, mais la France ne l'avait pas estimé suffisante. Elle organisa un second référendum...
    Arriva le jour de vote: les habitants confirmèrent de façon éclatante leur volonté de demeurer Français. Alors la France décida de garder cette île un peu bizarre qui s'accrochait obstinément à elle et ne voulait rien connaître du sens de l'histoire. Mayotte, la Française avait enfin gagné; du moins le croyait-on fermement en 1976.
     
    Un cas particulier de décolonisation
     
    L'accession à l'indépendance des Comores soulevait un problème juridique, politique mais aussi, et surtout, moral et humain. Dans une série d'articles publiés au Journal de Mayotte en 1991, en marge du "cent cinquantenaire" Hugues Béringer, l'assistant parlementaire du député de Mayotte H. Jean-Baptiste, a tenu à rappeler ce fait auquel il attribue l'intérêt que des hommes de sensibilité différente ont porté à la défense de "Mayotte française" dans les années cruciales 1974-1976.
    Au nombre de ces hommes de bonne volonté issus de tous les partis politiques, mis à part ceux d'obédience marxiste, il cite notamment le sénateur socialiste Marcel Champeix, dont l'intervention le 6 novembre 1974 à la tribune du Sénat, conduira à l'envoi aux Comores d'une mission parlementaire qui aura pour tâche de bien appréhender le problème comorien. Hugues Béringer rappelle aussi dans ces articles, l'intervention le 30 juin 1975 du sénateur centriste de La Réunion Louis Virapoullé, à l'occasion de la discussion du texte qui allait devenir la loi du 3 juillet 1975 relative à l'indépendance du territoire des Comores. Il met également en exergue l'appui du royaliste Pierre Pujo, l'auteur d'une inlassable campagne de presse dans les années 1974-1976, dont le rôle a été prépondérant pour le maintien de Mayotte dans l'ensemble national.
    © Copyright - Source : Mila na Taréhi
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